Dragon et Tigre de la Rochelle

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Dans notre rubrique spéciale où nous publions des matériels de nos auteurs en langue originale ainsi que la traduction en russe,

la langue commune de notre magazine, nos collègues en France Hrod et Sabine Romero

partagent leur expérience de l’apprentissage, de la pratique et de la propagation du wushu traditionnel.

 

La petite histoire de l’école

 

Nous allons tout d’abord commencer notre récit par un petit résumé de notre histoire.

Il y a 34 ans en 1982, dans la ville de Lyon, s’inscrivait Hrod dans la toute première école de kung fu de France «la mante verte», ouverte par Maître (Shifu) Hoang Cong Luon en 1970. Hrod fut totalement admiratif de cet art martial tout autant que de son Shifu Hoang et malgré son jeune âge, il sut immédiatement que toute sa vie serait entièrement vouée à cette discipline. L’apprentissage allait prendre les 12 années qui ont suivi.

Il faut savoir qu’à cette époque, étant le premier, Maître Hoang n’a pas adapté l’enseignement aux occidentaux puisque Hrod était un des seuls non-Asiatique de l’école et qu’il y était inscrit en traditionnel. Il a donc ainsi subi toutes les blessures inhérentes à cette tradition ancestrale. Des simples bleus aux plus extrêmes douleurs, il subissait sans un mot tout ce que son maître lui imposait: de l’endurcissement, que ce soit les bras ou les tibias qu’il devait frapper sur des poteaux de bois, ou des assouplissements, comme le déchirement de ses deux adducteurs, l’abdication pour son art martial était total. Pendant ces 12 années d’entraînement intensif, à raison de 6 heures par jours plus les week-ends, Hrod participait aux compétitions et combats.

C’est à l’âge de 25 ans qu’il a reçu l’aval de son Maître pour partir enseigner à son tour le kung fu traditionnel des dix animaux de Shaolin sud.

Shifu Hrod donna ses premiers cours seul en 1995. Cette même année, Sabine à l’âge de 27 ans, poussa la porte de la salle et à son tour, tomba en amour pour le kung fu et son Shifu. Une véritable symbiose s’est opérée entre eux, avec pour seul mode de vie «le kung fu au centre de tout».

En 21 ans Sabine est passée d’élève à Simu (maître au féminin en Chinois). Ensemble ils ont décidé d’ouvrir leur école et de l’appeler «Dragon Tigre».

Pour le choix du nom de leur école, il était essentiel qu’ils fassent référence à leur identité martiale. Dans le style des dix animaux, chaque pratiquant est relié à un animal en particulier. Ce n’est pas un choix du pratiquant mais véritablement une révélation, par la pratique, de son animal «totem». Le Maître sait reconnaître l’animal qui correspond à son élève, comme le Dragon pour Shifu Hrod ou le Tigre pour Simu Sabine.

 

Maîtres Hrod et Sabine: de l’essence du kung fu traditionnel

 

Il nous semble très important de décrire les principales différences  entre le «traditionnel» communément appelé kung fu et le «moderne» appelé wushu.

A l’heure où les amalgames et les mélanges prennent le pas dans beaucoup de domaines, il nous semble essentiel de remettre certaines choses à leur place pour ne pas oublier le sens même D’ART MARTIAL.

La première et principale différence entre ces deux pratiques est que le traditionnel est un équilibre parfait entre l’art et le martial alors que, le moderne se base surtout dans l’art avec une moindre place pour le martial. Chaque mouvement, aussi esthétique soit-il, sera toujours applicable martialement dans le premier alors que le deuxième effacera, sans retenue, l’application martial au profit d’un mouvement artistique.

La deuxième différence est l’absence de partie interne dans le moderne. Nous sommes arrivés à un moment dans l’histoire du kungfu où le traditionnel est en voie de disparition, de par l’engouement et la généralisation du moderne.

En France, peu d’entre nous ont la chance d’être ou d’avoir été enseigné par un «vrai Maître» et encore moins de connaître un style ENTIER. Notre boxe des dix animaux existe depuis 38 générations et nous formons la 39ème. Laoshi Shaman Romero est la seule de sa génération à qui nous avons pu enseigner le style complet. Nous sommes donc les 3 seuls représentants de ce style en Europe.

Il est impératif de transmettre le kung fu traditionnel dans sa forme ancestrale mais pour qu’il vive de nos jours, il doit évoluer pour s’adapter aux nouvelles cultures, performances physiques et psychologiques de notre temps. Il est malgré tout, très important de savoir préserver l’identité propre d’un style, dans l’enseignement des taos, de façon immuable pour une transmission fidèle depuis son origine.

 

«C’est le kung fu qui doit s’adapter à l’individu et non l’individu au kung fu»

 

Pour Shifu Hrod et Simu Sabine il est avant tout question de «don de soi», surtout avec leurs élèves. Le don de soi passe autant par leurs connaissances que par l’énergie qu’ils mettent à accompagner, comprendre, adapter, rassurer et faire grandir chacun de leurs élèves.    Shifu Hrod dit toujours: «c’est le kung fu qui doit s’adapter à l’individu et non l’individu au kung fu».

Shifu Hrod sait enseigner le traditionnel de façon à ne pas causer toute la violence qu’il a subi, tout en atteignant les mêmes résultats. Sa force est de toujours adapter les techniques aux capacités de chaque pratiquant.

Le Kung fu est pour Shifu et Simu plus qu’un art martial, c’est un mode de vie. Il est donc pour eux, impossible de dissocier l’élève de sa vie. De même que le yin n’est rien sans le yang, un bon pratiquant de kung fu traditionnel doit pratiquer toutes les facettes de son art martial. Il doit être un bon technicien et un bon combattant, l’un n’allant pas sans l’autre.

Shifu et Simu travaillent dans un esprit de partage et d’échanges dont ils cherchent toujours à élargir les frontières. La phrase de l’école est «combat avec courage et conviction» et comme le dit toujours Simu: «travaille sérieusement sans jamais te prendre au sérieux»…

 

Deux styles au sein de l’école «Dragon Tigre»

 

Le premier des styles enseignés depuis plus de 20 ans est le kung fu traditionnel des dix animaux ou Shi dong wu quan en Chinois.

Le travail comporte des taos (enchaînement ou combat imaginaire), le maniement des armes (bâton, sabre, épée, lance, hallebarde…), 23 taolu (petite voie), combinaisons de combats, self-défense, chin-na. Chacun des dix animaux est associé à un ou plusieurs éléments et formes de qi cong martial.

Le but est d’avancer à son rythme sans se blesser afin que votre art martial devienne un art de vie.

Le deuxième style enseigné depuis 5 ans est appelé Bu di zhen et comporte une forme de Taïji. Le style Bu di zhen Gao famille comprend un travail de qi cong, des arts internes (taïji, bagua et xingyi) et un travail externe provenant de Shaolin.

Le style Bu di zhen fut créé il y a plus de 150 ans par Gao Yaozu pendant la dynastie des Qing durant la période Xianfeng (1851-1861), dans la province du Shandong, capitale Jinan. Gao Yaozu reçut l’enseignement des arts internes par une moine taoîste Xumei à Wudang et les arts externes de Shaolin avec le moine Dengkong.

Le maître combina les deux styles (wudang-shaolin) pour créer le style Bu di zhen qui se transmet depuis de génération en génération.

Le grand Maître Yen Tao Gao de la lignée directe du fondateur de ce style a nommé Hrod et Sabine Romero Maîtres et représentants mondiaux officiels du style Bu di zhen. Toutes ces reconnaissances ont été validées par le gouvernement du Guangxi en Chine.

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Dans le kung fu traditionnel il est primordial de ne jamais dissocier l’interne de l’externe car le but d’une bonne pratique est de durer, de donner la meilleure des santés et une plus importante longévité dans les meilleures conditions physique, mentale et énergétique. Par chance, à l’heure actuelle les arts martiaux servent plus à combattre nos propres ennemis intérieurs qu’à servir une quelconque patrie mais ils servent aussi à protéger nos proches et nous même de toutes formes d’agressions. De ce fait, savoir que l’on peut faire face à différentes formes de conflits, verbal, physique ou armé donne une réelle confiance en soit qui, la plupart du temps, évite toute agression.

L’esprit familial et martial de la transmission se perpétue à travers Shaman Romero, la fille de Shifu et Simu, pratiquante depuis son plus jeune âge et la plus haut gradée de l’école également reconnue  instructrice (laoshi) par la France et la Chine.

Le souhait de Shifu et Simu est de faire découvrir leur style à travers le monde sous forme de stages et de partenariats avec d’autres écoles.

Sans jamais dénaturer aucun style, le plus important est, aux yeux des Maîtres Romero, de travailler dans l’échange et le partage de la richesse et des connaissances des styles traditionnels.

 

Sabine et Hrod Romero

La Rochelle, France